09 février 2009

Vous avez dit politique?

Le point d’accord de notre mouvement naissant semble être le refus de la LRU, et des réformes qui en découlent. La mobilisation de l’an dernier n’a pas abouti et a elle aussi voulu s’arrêter à une critique de cette seule loi. Cependant, en se cachant derrière des logiques économiques, le gouvernement entend « réformer » l’université et la société dans son ensemble. Or, derrière ce terme de réforme se cache une remodélisation profonde et orientée. Cette remodélisation s’inscrit dans une idéologie libérale économique. Smith, Ricardo et consœurs, dont se revendiquent nos hommes « politiques » ne sont pas des scientifiques mais des idéologues. Il n’existe aucune vérité et réalité dans ces logiques économiques sinon celles qu’illes nous imposent. De fait s’opposer à la LRU (c'est-à-dire à une emprise des capitaux privés dans le fonctionnement des universités, ériger la rentabilité et le profit comme finalité du savoir, transformer la formation universitaire en formation professionnelle, préférer la recherche appliquée à la recherche fondamentale, limiter l’étudiant(e) à un(e) futur(e) travailleur(e)) c’est s’opposer à l’idéologie dominante. La volonté de ne s’opposer qu’à une loi, de renoncer à une critique plus large en se voulant apolitique, comme il en est souvent question en AG semble donc infondé voire absurde.

« Apolitique » dans le sens commun signifie un refus de La politique, c'est-à-dire affirmer l’absence de positionnement sur les questions liées au « politikè » (aux affaires de la Cité), sur les débats posés par les différentes organisations, du syndicat au gouvernement, en passant par le parti politique. En d’autres termes, c’est laisser faire ceulles[1] dont la politique est le métier, la raison de vivre, c’est les laisser discuter et décider des tenants et des aboutissants du fonctionnement du groupe. Ce système, que l’on peut désigner comme la politique classique, est souvent présentée comme La politique légitimée. Or la légitimité est forcement conférée par une idéologie. L’apolitique et la politique sont donc intimement liés : se dire apolitique, c’est confirmer le modèle social en place, dans lequel l’individu politisé ne tient qu’une place infime et où les questions politiques sont débattues en cercle fermé selon des jeux de pouvoir et de communication inhérents à la politique; se vouloir apolitique, c’est supposer n’être influencé par aucune idéologie, ce qui est d’une part absurde dans un contexte de mobilisation (du fait de ta participation à l’AG, tu es politique), et d’autre part mensonger puisque, que tu sois pour ou contre la loi, de fait tu te positionnes par rapport à elle, et donc par rapport aux idéaux dominants. Tout compte fait, tout acte est politique.

Le politique est plus vaste et est à portée de chacun. Nous le répétons, tout acte est politique de fait : par exemple, la consommation peut paraître détachée de ces questions, mais elle est construite, organisée selon des modes et des logiques pensées, voulues. La sémantique, si anodine qu’elle puisse paraitre, induit et sert une idéologie. L’usage des mots est porteur de sens, car ils sont constamment appropriés et redéfinis selon des termes idéologiques et politiques. Ce qui est définit par « mouvements sociaux » n’est pas dépourvus de signification. Il suppose, de manière courante, la formation éphémère d’une dynamique contestataire de l’ordre actuel (contraire à l’inertie ambiante), liée au mécontentement d’un groupe. Il remplace souvent, de nos jours, les termes de « grève » ou de « manifestation » (qui ne sont pourtant que des modes d’actions). Il est rattaché à l’existence des « partenaires sociaux », termes renvoyant aux syndicats et à la négociation. Tous ces mots sont à redéfinir, car catégorisant, amalgamant, et non neutre. D’un certain point de vue, l’action est régie par ces mêmes règles. Revenons sur quelques points significatifs dans notre mouvement :

- Les formes d’organisations telles que l’AG, le comité de grève, les groupes de réflexions…, impliquent des hiérarchies, du « légitime », une certaine forme de dialogue, qui de fait sont politiques.

-    Les formes d’actions sont rendues possibles (ou non) et légitimes (ou non) par ces organisations. Au-delà de ce lien avec l’organisation, les actions définissent un certain rapport au politique : se vouloir dans « le conforme », dans le « politiquement correct » pour ne pas se couper de l’opinion publique, c’est se soumettre aux règles de la politique (jouer le jeu de l’audimat, de la communication et du crédible). C’est aussi se fermer à une confrontation directe et profonde.

Il faut débattre et se réapproprier le politique, c'est-à-dire, penser les actions et les luttes comme étant insérées et ayant des conséquences politiques. Il en va de même pour les auteurs et penseurs qui font le jeu de la politique dans les discours militants. Se référer à Marx ce n’est pas être marxiste, ce n’est pas s’inscrire dans un parti ou une idéologie totale mais prendre acte de la portée politique de ces écrits et s’en servir dans la lutte. Les références doivent servir le politique et non la politique.

Les syndicats, ou les personnes se disant et se croyant apolitiques sont en réalité insérées dans la et donc le politique. Le nier c’est transformer une idée ou un fait politique en quelque chose d’anodin, de normal. L’idée politique conjoncturelle tend alors à se transformer en une norme implicite. Par exemple quand on cherche à se déclarer apolitique en AG, on inscrit le mouvement dans quelque chose de « normal », de cyclique, et qui est donc condamné à s’éteindre qu’il réussisse ou non. 

Avant de terminer rappelons la vocation éminemment politique de l’université : penser le monde. Couper les revendications de leur aspect politique et de leur insertion dans une réalité plus large que celle de l’université, c’est fermer l’université sur la seule défense de ses propres intérêts. C’est refuser que l’université soit un lieu de critique, de remise en question d’un tout auquel elle appartient.

C’est abdiquer et déjà accepter une certaine vision de l’université que l’on veut nous imposer : une université lisse et bien pensante, ouverte sur le monde mais seulement pour ses intérêts propres (qui risquent de devenir les intérêts mercantiles d’une entreprise).

[1] Contraction de ceux/celles.


Posté par dissequons2009 à 10:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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